Mon affaire Dreyfus.

F.Brigneau.1993.
En 1994, nous allons entrer dans le centenaire de l’affaire Dreyfus. J’ai voulu profiter de cet anniversaire pour réparer une
sottise que j’ai dite, jadis, au début de ma vie d’homme et dont le remords me revient parfois. C’était en janvier 1945. Je me
trouvais à la prison de Fresnes, et pas comme gardien. Quoique prisonniers dits “politiques”, les journaux nous étaient interdits.
Il nous en arrivait néanmoins, mêlés de rumeurs. Nous suivions le procès de Charles Maurras et jubilions en apprenant qu’il
avait dit à l’accusateur public :
- Vous, l’avocat de la femme sans tête, je ne vous raterai pas!
En revanche, je mis au compte de ses idées fixes qu’il ait accueilli la sentence qui le frappait en s’écriant:
- C’est la revanche de Dreyfus.
Devant un petit auditoire de traîne-couloirs, j’exprimai avec force mon intime conviction : cette fois le vieux maître de l’Action française déraillait. Quels rapports entre la condamnation d’un officier français pour trahison, fausse ou réelle, et les événements qui conduisaient Maurras au bagne ?  C’était stupide ! Je croyais faire preuve de perspicacité en le répétant. En vérité, j’étais un sot et un ignare. En décembre 1894, Dreyfus avait été condamné à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire. Maurras fut dans le camp des anti-dreyfusards l’un de ceux qui s’opposèrent le plus vigoureusement à la révision du procès. Cinquante ans plus tard, en janvier 1945, il était condamné à la réclusion perpétuelle et à la dégradation nationale. Ce n’était évidemment pas par hasard. Dans les limites des “Cahiers”, le centenaire va me pennettre, je l’espère, de le montrer et de réparer la bêtise d’un jeune présomptueux.

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Wednesday, January 18th, 2017 FRANÇAIS, Versus